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Focus
À la crèche, l’école, la garderie, l’accueil extrascolaire, la maison de quartier, la ludothèque, … :
Quelles pratiques pour favoriser l’inclusion sociale des enfants entre 0 et 6 ans et de leurs familles ?
Journée du 1er mars 2012 à Namur
Cet événement marquait le lancement du volet Partager et renforcer les pratiques et repères professionnels innovants du projet Accueil pour tous. Il a rassemblé une quarantaine de personnes venues de toute la Wallonie et Bruxelles : des professionnels de l’EAJE ayant développé une expérience de l’inclusion sociale, des parents et quelques personnes-ressources (partenaires-relais, etc.).

La question centrale de la journée était : à la crèche, l’école, la garderie, l’accueil extrascolaire, la maison de quartier, la ludothèque,… : quelles pratiques pour favoriser l’inclusion sociale des enfants entre 0 et 6 ans et de leurs familles ?

Les interventions

La matinée s’est déroulée autour d’une présentation du projet Accueil pour tous et de deux interventions :

- Relations entre familles et milieux d’accueil :
le point de vue des parents
, par les parents de l’Université
Populaire des Parents (UPP) d’Anderlecht - cliquez ici pour en savoir plus

- L’école face à la diversité des familles, par Danielle Mouraux, sociologue, militante à CGé (ChanGements pour l’égalité) - cliquez ici pour voir leur site

Les ateliers

Il a été proposé aux participants d’aborder la fonction d’inclusion sociale des services d’EAJE selon quatre portes d’entrée, dans le cadre d’ateliers. Ce travail collaboratif d’élaboration et de croisement des regards a permis de mettre au jour un ensemble de pratiques, de questionnement et de points de tension concernant l’accessibilité des structures d’EAJE et leur rôle en faveur de l’inclusion sociale des familles les plus fragilisées (cliquez sur l’atelier pour en lire un compte-rendu) :


1) Les enfants : quelles pratiques mettre en œuvre pour que chaque enfant se sente bien dans le lieu d’accueil ou l’école, quels que soient son parcours, ses conditions de vie, sa culture, son niveau social et ceux de ses parents ?

Les participants ont témoigné de nombreuses pratiques en rapport avec le multi-accueil (voir la définition ici) : ils ont mis en avant l’importance, afin d’être accessible à tous, de conjuguer la souplesse des horaires et de la fréquentation par les enfants avec des pratiques visant la construction de repères et d’un sentiment d’appartenance au groupe - quels que soient la durée, le moment et la fréquence de la présence de l’enfant. Des pratiques qui, de manière croisée, se rejoignent par l’objectif et/ou le moyen utilisé :

  • matérialiser la place symbolique de l’enfant au sein de la structure même lorsqu’il n’est pas présent : avec son prénom, une photo, son casier personnel,… ;
  • identifier ce qui fait repère pour chaque enfant en particulier : doudou, choix d’un jouet de la structure, parrainage par un plus grand,… ;
  • développer des rituels d’accueil dans le quotidien : assemblée du matin, ronde des bonjours,… ;
  • adapter le temps d’accueil à chacun : laisser le temps aux enfants et aux famille de découvrir la structure à leur rythme, nommer et accompagner les émotions de chacun (enfants, parents et professionnels), travailler sur le lien parents-professionnels,…

Des questions ont été évoquées concernant la place des langues maternelles au sein des structures. Les langues maternelles sont reconnues par les participants comme un élément essentiel de l’identité de chacun et comme outil de communication, mais génèrent aussi beaucoup de questions liées à l’articulation entre le respect de celles-ci et l’apprentissage du français, à leur usage comme instrument d’inclusion ou d’exclusion (entre enfants et/ou adultes), etc. Il apparaît un besoin de repères à construire au sein de chaque structure sur ces questions, dès lors que la langue est identifiée comme un obstacle à l’inclusion de certaines familles.

Les participants ont mis en avant le lien très fort qui existe entre l’objectif d’ouverture à tous et le respect de la diversité – sous toutes ses formes – comme un élément central du projet de la structure. L’accueil de tous nécessite que chacun se sente bien dans le lieu, qu’il y soit clairement autorisé à être lui-même. Afin que chaque enfant se sente accueilli et respecté tel qu’il est, et qu’il grandisse en étant fier de lui-même et des appartenances multiples qui composent son identité, les participants mettent en œuvre des pratiques qui visent à :

  • rendre visible et valoriser la diversité des enfants et des réalités familiales à l’intérieur de la structure, avec une attention à chacun : photos, mur des familles, carte du monde, « bonjour » dans toutes les langues des familles, recueil de berceuses et chansons enfantines auprès des parents, etc. ;
  • proposer des activités collectives qui rassemblent et permettent à chacun de contribuer : chant avec les parents et les enfants, repas « auberge espagnole », dessin collectif, partage de recettes culinaires,… ;
  • diminuer les activités à caractère compétitif ou évaluatif : favoriser les activités libres, coopératives,… ;
  • renforcer le regard bienveillant des professionnels sur les parents en travaillant en équipe sur les préjugés, les incompréhensions, les situations difficiles,…

Il existe néanmoins des situations qui surgissent subitement dans le quotidien et face auxquelles les professionnels se trouvent en difficulté : par exemple lorsqu’un enfant est mis à l’écart ou sert de bouc émissaire au reste du groupe, face à un enfant qui est souvent sale ou sent très mauvais de manière répétée, quand des enfants apportent de la maison des goûters tels que chips, cola, etc.,… Les participants ont évoqué l’importance, dans ces situations, de réfléchir par rapport à son jugement, d’aborder la question avec les parents pour faire émerger les cadres de référence et identifier le sens, afin
de faire évoluer son regard professionnel et dépasser le malaise. L’un des enjeux, dans ces situations « gênantes » où se confrontent différentes visions du monde, est de ne pas vexer, ne pas briser le lien
parfois fragile avec la famille.


2) Les familles : comment faire avec les familles qui ne nous ressemblent pas ? Comment gérer les chocs culturels ? Comment faire en sorte que chaque famille se sente accueillie et trouve sa place ? Que mettre en place pour favoriser les relations entre les parents, soutenir le lien social et la solidarité entre les familles ?

Les participants ont évoqué une série d’initiatives leur permettant d’entrer en contact avec les publics les plus fragilisés (voir atelier 4 sur l’environnement local). Dès le départ, leur travail vise à construire, pas à pas, une relation de confiance avec les parents. Il s’agit de tisser une relation de proximité (basée sur l’empathie, le lien, la confiance et le respect mutuel), tout en restant dans le cadre de son mandat professionnel. On constate que le cadre évolue parfois dans le temps, en fonction des situations particulières et de l’évolution des missions des professionnels. Les balises en la matière, qui permettent de « garder le cap » dans les relations avec les parents, sont donc régulièrement interrogées, travaillées individuellement et en équipe.

Outre les relations parents-professionnels, l’inclusion passe aussi par des initiatives visant la rencontre et la création de liens entre les familles usagères, de parents à parents. Cela leur permet d’élargir leur réseau social - et pour certains de sortir de la solitude - et de créer des ressources et des solidarités directement entre parents qui s’étendent au-delà de la structure : entraide, échanges, conseils, etc. Les participants ont cité à cet égard de nombreuses pratiques qu’ils mettent en œuvre dans leurs contextes respectifs :

  • un fonctionnement et des lieux aménagés pour faire une place aux parents dans le quotidien : présence d’un divan dans l’espace de vie, aménagement d’un espace « parents » où ils peuvent rester et passer un moment ensemble, participation des parents aux activités quotidiennes de la structure, … ;
  • des temps informels et conviviaux invitant les parents à entrer, à s’arrêter, à prendre le temps : café, thé du matin ou de l’après-midi (avec ou sans les professionnels, leur présence les premières fois pouvant aider à amorcer les contacts), goûters parents-enfants, anniversaires, fêtes, excursions avec les familles, … ;
  • des temps de rencontre, de discussion entre parents : groupe de parole (débouchant dans certains cas sur la création de projets), activités autour de thèmes qui les intéressent (s’informer à ce sujet), …

Lorsque les parents se sentent accueillis, respectés et écoutés, quand chacun se sent un peu « comme chez lui » dans la structure, il devient possible de créer un « comme chez nous » commun, dont chacun se perçoit progressivement comme acteur. Cela suppose de solliciter le point de vue des parents sur la structure, l’organisation, les activités, les priorités, les projets et de faire en sorte que la voix de chacun soit entendue (varier les supports, aller trouver chaque parent personnellement, etc.). Des temps d’échanges et de concertation entre parents et professionnels, adaptés à la situation de chacun (moment, forme, durée, langue, support, etc.) sont importants. En outre, dans certaines structures, la participation des parents est encouragée : ils ont la possibilité de s’investir à leur rythme, en fonction de leurs envies, de leurs talents, de leurs disponibilités. Cette participation, qui s’appuie sur les talents des parents plutôt que sur leurs manques, contribue à la valorisation de leurs compétences et savoirs et au développement de leur pouvoir d’agir (voir la définition ici). Elle constitue, pour certains d’entre eux, une voie de sortie de l’isolement et le premier pas d’une implication dans la vie locale en tant que citoyen actif. Ce « faire ensemble » génère aussi une meilleure connaissance réciproque entre parents et professionnels, qui renforce la compréhension et la confiance en soi et en l’autre.

Les difficultés évoquées concernent la confrontation des valeurs et représentations éducatives entre parents et professionnels. L’alimentation, l’hygiène, les soins, le sommeil, la sécurité, les règles de vie, etc. constituent des sujets envisagés différemment par les parents, particulièrement par ceux dont le cadre de référence est le plus éloigné de celui des professionnels. Cela provoque des tensions, des malentendus, des attentes implicites, des représentations erronées, voire de la stigmatisation et du rejet. Pour dépasser ces situations, les participants évoquent plusieurs pistes :

  • un travail en équipe sur les « chocs culturels », les cadres de référence,… : supervision, réunions d’équipe, formations, moments d’échanges (voir ici les propositions du RIEPP à ce sujet) ;
  • quitter sa position de « professionnel qui sait » pour se mettre à l’écoute et apprendre des parents ;
  • faire appel à une personne-ressource (coordinatrice, directeur, …) qui est moins souvent en contact avec les parents, pour prendre du recul sur la situation, aborder les sujets difficiles, renouer le dialogue,… ;
  • prendre le temps de faire connaissance entre parents et professionnels, de se parler de ce qui est important pour chacun : familiarisation, rencontres individuelles, etc. ;
  • dans certaines situations spécifiques (alcoolisme, violence,…), ne pas hésiter à s’entourer de l’aide de services compétents.

Une autre difficulté évoquée concerne la demande : la fréquentation d’une structure est parfois imposée par une autorité extérieure (FOREm, SAJ, SPJ, …) et de ce fait est vécue par les parents comme une obligation. Le travail des professionnels est d’entendre cela avec empathie et, dans cette situation de non-choix, de trouver des espaces de négociation avec les parents, des éléments sur lesquels ceux-ci peuvent faire des choix.


3) L’institution et l’équipe : comment mobiliser collectivement une équipe vers un accueil pour tous ? Comment renforcer un projet d’accueil, un projet d’établissement, à la lumière des questions liées à l’accessibilité et à l’inclusion sociale ? Avec quel rôle du pouvoir organisateur ?

Le principal enjeu mis en avant par les participants à ce sujet concerne la mobilisation de toute l’équipe vers une démarche d’accueil pour tous inscrite au cœur du projet d’accueil. Il s’agit de travailler cette démarche tous ensemble, afin que chacun se sente impliqué et investi, en s’appuyant sur les ressources et la diversité de l’équipe. Tout comme avec les parents, il importe de mettre à l’avant-plan les compétences des professionnels plutôt que sur leurs manques. Il est crucial que le projet soit porté par tous, ce qui demande du temps pour faire émerger les représentations, rassurer, valoriser les compétences de tous, travailler sur le sens, les valeurs et prendre en compte les freins. Se construit alors un ensemble de
préoccupations et de valeurs communes. A partir de l’expérience commune se forge un langage commun.

Ce travail est réalisé en même temps en interne (réunions d’équipe, supervisions, journées pédagogiques, etc.) et grâce à des apports extérieurs (formations, échanges avec d’autres structures, rencontres, appel au réseau, etc.) - voir ici les propositions du RIEPP à ce sujet. C’est aussi un élément important essentiel dans le recrutement du personnel. Enfin, les participants ont mis en avant l’importance de garder des traces de ce travail, de transmettre les valeurs et les pratiques lors des changements de personnel : ce passage de relais permet d’assurer une certaine
cohérence, une continuité, tout en permettant aux nouveaux de s’intégrer et d’apporter du nouveau au projet. C’est une démarche dynamique, un mouvement constant de balancier entre stabilité et
changement.

Les participants ont aussi souligné l’importance du rôle de la hiérarchie et du pouvoir organisateur. Il s’agit à la fois de garantir que la démarche d’accueil pour tous soit inscrite noir sur blanc dans le cadre : les statuts, les missions, le projet d’accueil de l’institution, et que celui-ci soit connu de tous et cohérent dans le temps. Il s’agit aussi de travailler sur ce cadre (R.O.I., politique d’inscription, etc.) pour mettre en œuvre des mesures qui renforcent l’ouverture à tous et l’inclusion. Les professionnels attendent de leur
P.O. qu’il les soutienne dans ce sens, tout en constatant qu’il y a parfois lieu de le sensibiliser aux enjeux et aux valeurs d’une telle démarche. Des moments de rencontre avec l’équipe et les parents à ce sujet s’avèrent particulièrement bénéfiques, ainsi que l’intervention de personnes-ressources externes à l’institution.


4) Le quartier, le village, la commune : quelle est la place du lieu d’accueil / de l’école dans le quartier, le village, la commune ? Quels partenariats mettre en œuvre ? Comment et pourquoi développer un travail de réseau ?

Les participants ont souligné l’importance du travail en réseau comme faisant partie intégrante du travail sur le terrain, bien que le temps qui y est consacré ne soit, dans la plupart des cas, pas reconnu par les pouvoirs subsidiants. C’est l’ancrage local qui permet de diversifier les réponses aux besoins des familles, dans des services en lien les uns avec les autres.

L’ancrage local suppose une démarche d’« aller vers... ». Les participants diversifient les lieux, les temps et les modalités de rencontre avec la population locale (intra muros & extra muros), pour aller à la rencontre de tous les publics et déconstruire les préjugés :

  • portes ouvertes avec invitation à tout le quartier/village ;
  • implication dans les fêtes de quartier et autres festivités locales ;
  • faire les courses avec les enfants dans le quartier ;
  • fréquenter la plaine de jeux / le parc ;
  • etc.

En outre, l’ouverture à tous implique de partir de la vision des habitants par rapport à leur environnement, leurs besoins et leurs priorités. C’est donc souvent en sortant du cadre strict de leur mission d’accueil que les structures ouvrent leurs portes aux publics plus éloignés.


Plus d’infos sur le projet Accueil pour tous : cliquez ici


Un projet réalisé dans le cadre du programme de l’Observatoire de l’enfant de la Cocof, avec le soutien du Fonds Houtman, de la Fondation Roi Baudouin et de la Loterie Nationale

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